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Situation actuelle

La mort sous nos pieds : comment les mines ont fait de l’Ukraine le pays le plus miné au monde

Aujourd’hui, l’Ukraine est devenue le pays le plus miné au monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les estimations, plus de 139 000 kilomètres carrés — soit environ 23 % du territoire national — pourraient être contaminés par des mines ou d’autres engins explosifs. Le plus effrayant, c’est que ces dangers sont invisibles. Ils attendent en silence, sous nos pieds — sur les routes, dans les champs, dans les cours. En Ukraine, différents types de mines sont utilisés — des anciennes mines soviétiques « papillon », qui peuvent être confondues avec des jouets, jusqu’aux mines antichars modernes, déclenchées par le moindre mouvement ou contact.

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, au moins 359 civils ont été tués par des mines. Environ un millier de personnes ont été blessées, dont au moins 18 enfants. Mais ces chiffres sont probablement sous-estimés. De nombreuses zones restent inaccessibles, et les données restent incomplètes.

Plus d’un million de mines sont déjà dispersées sur le territoire ukrainien. À cela s’ajoutent des dizaines de milliers d’obus non explosés, de grenades et de mortiers, dépeignant une guerre cachée mais mortelle. Les zones les plus dangereuses restent les régions proches du front et les territoires récemment libérés, où les habitants commencent à peine à revenir.

Le déminage est un combat quotidien, lent mais indispensable. Rien qu’en août 2025, les spécialistes du ministère de la Défense ont nettoyé près de 6 000 hectares et neutralisé plus de 8 000 engins explosifs. Depuis le début de l’invasion, plus de 458 000 objets dangereux ont été désamorcés. Aujourd’hui, 119 opérateurs de déminage certifiés sont actifs dans le pays, et de nouveaux sont régulièrement formés — les besoins sont immenses.

Ce travail porte déjà ses fruits. Plus de 2 000 kilomètres carrés de terres agricoles ont été rendus à la production. Mais face à l’ampleur du problème, ce n’est qu’un petit pas.

La question des mines est devenue à la fois une question de sécurité et une question politique. L’Ukraine s’est officiellement retirée de la Convention d’Ottawa — un traité international interdisant l’utilisation des mines antipersonnel. Cela lui permet de les utiliser à des fins défensives. Toutefois, le gouvernement souligne que le déminage humanitaire reste une priorité nationale. Il est essentiel non seulement pour la sécurité, mais aussi pour un retour à une vie normale — pour que les gens puissent cultiver la terre, rouvrir les écoles et marcher dans la rue sans peur.

Le déminage complet prendra des années, peut-être même des décennies. Mais chaque champ nettoyé est un pas de plus vers la reconstruction. Vers un avenir où l’on pourra marcher librement sans craindre que la mort se cache, en silence, juste sous nos pieds.