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Association pour les Droits de l'Homme dans les Zones de Conflit

Rapport sur les violations

Les soignants sous le feu

Le 10 juillet, l’Ukraine rend hommage aux professionnels de santé morts pendant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Selon différentes sources, le nombre de soignants tués continue d’augmenter. D’après le ministère ukrainien de la Santé, plus de 510 professionnels de santé ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions. Parallèlement, en juillet 2026, le Livre officiel de la mémoire des soignants a vérifié les biographies et les parcours de plus de 600 soignants civils et militaires tués depuis le début de l’agression russe. Cette liste comprend non seulement les professionnels du système civil de santé, mais aussi les médecins de combat servant au sein des Forces armées ukrainiennes et des unités de volontaires.

À cette date se tient l’initiative « La Lumière du Souvenir », lancée par le ministère ukrainien de la Santé et l’équipe de l’Ordre de Saint-Pantéléimon – Honneur à la profession médicale. Rendre hommage aux personnes disparues, c’est non seulement reconnaître leur dévouement professionnel, mais aussi rappeler les conditions dans lesquelles les soignants ukrainiens continuent d’exercer leur métier et les violations systématiques qui mettent leur vie en danger.

Au 11 juin 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait vérifié 3 066 attaques contre le système de santé ukrainien. Trente-sept pour cent de ces attaques ont touché des établissements de soins de santé primaires. Au cours du seul premier trimestre 2026, 122 attaques ont été recensées, tandis que les attaques visant les transports médicaux ont augmenté de 26 %.

Selon Physicians for Human Rights (PHR), 2 591 attaques contre les infrastructures de santé ont été documentées depuis le début de l’invasion russe à grande échelle. Parmi elles, 1 389 ont endommagé ou détruit des hôpitaux et des cliniques, tandis que 235 visaient des ambulances. L’organisation a également documenté la mort de 359 professionnels de santé et les blessures de 379 autres. Entre 2024 et 2025, le nombre d’incidents documentés est passé de 445 à 663, soit une augmentation de près de 50 %.

Si les méthodologies de collecte et de vérification des données diffèrent selon les organisations, les éléments disponibles démontrent de manière constante que les attaques contre le système de santé ukrainien sont massives, répétées et systématiques. Physicians for Human Rights estime qu’il ne s’agit « pas d’incidents isolés, mais d’un élément d’une stratégie systématique de la Russie ».

Au 1er juin 2026, 2 617 infrastructures médicales appartenant à 836 établissements de santé avaient été endommagées ou détruites. Parmi elles, 331 ont été totalement détruites. Plus de 283 véhicules de secours médical ont été détruits et 171 autres endommagés.

Ces chiffres représentent bien davantage que des bâtiments ou des véhicules détruits. Ils traduisent une restriction systématique de l’accès des populations civiles aux soins de santé. Chaque établissement médical détruit signifie des traitements interrompus, des opérations annulées, un accès plus difficile aux soins d’urgence et des risques accrus pour les personnes atteintes de maladies chroniques ou graves. Les attaques contre les transports médicaux compromettent directement l’évacuation des blessés et la fourniture rapide de soins vitaux.

L’utilisation croissante de drones de reconnaissance et d’attaque, ainsi que des frappes dites « doubles » (« double tap »), suscite une vive inquiétude. Ces attaques visent également les équipes médicales et les services de secours arrivant sur les lieux après une première frappe pour porter assistance aux victimes.

Le personnel médical, les établissements de santé et les transports sanitaires bénéficient d’une protection spéciale en vertu du droit international humanitaire. Les attaques systématiques dont ils sont la cible doivent faire l’objet d’une documentation rigoureuse et d’enquêtes efficaces. Chaque incident doit être évalué individuellement sur le plan juridique et les responsables de crimes internationaux doivent être traduits en justice.

Dans le même temps, l’État doit garantir une protection adéquate et des garanties sociales aux professionnels de santé qui continuent à travailler dans des conditions de guerre. Les soignants exerçant dans les zones proches de la ligne de front continuent de rencontrer des difficultés pour percevoir les indemnités auxquelles ils ont droit. Certains professionnels blessés ou ayant subi d’autres préjudices dans l’exercice de leurs fonctions ne peuvent toujours pas bénéficier de l’aide financière forfaitaire prévue par la loi ukrainienne n° 2980-IX en raison des restrictions législatives et des critères d’éligibilité actuellement en vigueur.

Se souvenir des plus de 510 soignants civils qui ont perdu la vie ne peut se limiter à un hommage. Cela implique de documenter systématiquement les attaques contre le système de santé, d’enquêter efficacement sur les violations du droit international humanitaire, de garantir que les responsables rendent des comptes et d’assurer une protection effective aux professionnels de santé qui continuent de sauver des vies.

Derrière chaque chiffre se trouve une personne. Protéger celles et ceux qui sauvent des vies est un impératif de défense des droits humains qui ne peut être relégué au second plan.