La Russie continue de violer grossièrement le droit humanitaire international en cachant systématiquement l’état réel des prisonniers de guerre ukrainiens. Selon une mission d’experts indépendants de l’OSCE, récemment présentée à Vienne, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n’a pas un accès complet aux lieux de détention des Ukrainiens emprisonnés en Russie ou dans les territoires temporairement occupés.
Les membres de la mission indiquent que les autorités russes n'autorisent les visites qu'aux prisonniers en bon état de santé. Les malades, les blessés ou les torturés sont délibérément cachés aux observateurs internationaux. Le professeur Hervé Ascensio a précisé que toutes les visites du CICR sont étroitement contrôlées par la Russie, alors que la Convention de Genève garantit un accès libre et indépendant à tous les prisonniers.
L'experte tchèque Veronika Bílková a ajouté que la situation actuelle est « un peu meilleure » qu’auparavant, mais encore « bien en-deçà des exigences du droit international ». Les représentants du CICR ne peuvent pas visiter tous les lieux de détention, ni parler de manière confidentielle avec les prisonniers. Cela signifie que l’état réel des détenus reste presque entièrement caché au monde extérieur.
De plus, le Bureau national d'information de Russie, censé recueillir et fournir des données sur les prisonniers de guerre, reste opaque. Les familles n'ont accès à aucune ressource officielle, à l’exception d’un numéro de téléphone. Contrairement à l’Ukraine, où ce bureau fonctionne de manière transparente, la Russie transmet au CICR des listes incomplètes, laissant de nombreuses familles dans l’ignorance quant au sort de leurs proches.
Les cas tragiques de décès d’Ukrainiens dans les centres de détention russes confirment l’ampleur des mauvais traitements. En décembre 2024, la mort d’Evhen Matveïev, maire de Dniproroudne dans la région de Zaporijjia, a été révélée. Il avait été enlevé par l’armée russe en mars 2022 pour sa position pro-ukrainienne. Son lieu de détention est resté inconnu pendant longtemps.
Matveïev est mort au centre de détention n°3 de la ville de Kizel, dans le kraï de Perm. Selon des anciens prisonniers libérés, il a été violemment battu lors de la « réception », une procédure imposée à tous les nouveaux détenus. Il est mort quelques jours après son arrivée. Des témoins affirment que son corps a simplement été transporté dans une cellule.
Un autre exemple est la mort de la journaliste ukrainienne Viktoria Roshchyna. Elle est décédée le 19 septembre 2024 dans ce même centre de détention de Kizel. Auparavant, elle était détenue à Taganrog, avant d’être transférée dans le kraï de Perm peu avant sa mort. Les causes officielles n'ont pas été divulguées, mais tout porte à croire qu’il s’agit d’un autre cas de mauvais traitement mortel.
Les anciens prisonniers de guerre rentrés en Ukraine témoignent de coups, tortures, menaces, isolement, refus de soins médicaux et d’hygiène de base.
Ces actes constituent de graves violations des Conventions de Genève, qui garantissent aux prisonniers de guerre des droits fondamentaux : traitement humain, soins médicaux, contact avec la famille, accès au CICR. Le refus de ces droits constitue non seulement une violation, mais un crime de guerre.
Le bureau du procureur général d’Ukraine enquête actuellement sur tous les cas de décès en captivité russe. L’affaire d’Evhen Matveïev a déjà été intégrée à une procédure pénale. Les autorités ukrainiennes collectent les preuves, réalisent des expertises et préparent des dossiers pour que les responsables soient jugés.
La Russie doit être tenue responsable de ce qui se passe derrière les murs de ses prisons. Chaque cas de mort ou de torture n’est pas seulement une tragédie familiale, c’est un crime contre l’humanité, imprescriptible. Tant que la communauté internationale ne contraindra pas la Russie à respecter le droit, la vie des prisonniers de guerre ukrainiens restera en danger. Et le silence, c’est de la complicité.