La Russie a fait de la détention illégale et de la torture des Ukrainiens l’un des instruments de sa politique d’occupation. La Police nationale d’Ukraine a identifié 159 lieux de privation de liberté dans les territoires temporairement occupés de l’Ukraine et en Russie. Des milliers de civils et de militaires sont passés par ce système, et certains d’entre eux sont toujours en captivité. C’est ce qu’a déclaré Maksym Tsoutskiridzé, chef par intérim de la Police nationale d’Ukraine.
Les lieux de privation de liberté identifiés par la police comprennent des sous-sols, des salles de torture, des camps de filtration, des centres de détention provisoire et des colonies pénitentiaires. Les enquêteurs ne se limitent pas à documenter des cas isolés de violence. Ils cherchent également à reconstituer l’ensemble du parcours de chaque personne, depuis sa capture jusqu’au lieu où elle a été détenue avant sa libération ou son échange.
La police a déjà traité des informations concernant plusieurs milliers de civils retenus en otage et revenus après une détention illégale. Environ 500 d’entre eux ont été entendus en qualité de victimes et de témoins.
Les forces de l’ordre ont identifié plus d’un millier de personnes impliquées dans la détention illégale et la torture d’Ukrainiens. Au total, 120 personnes ont déjà été officiellement informées qu’elles étaient soupçonnées d’avoir commis des crimes dans les territoires occupés de l’Ukraine et en Russie.
Par ailleurs, les enquêteurs ont identifié plus de 80 personnes impliquées dans des crimes commis dans la colonie pénitentiaire de Kalinine. Quarante-deux d’entre elles ont déjà été officiellement informées des soupçons qui pèsent sur elles.
Parmi les suspects figure le directeur du centre de détention provisoire n° 3 de la Direction générale du Service fédéral pénitentiaire de Russie dans le kraï de Perm. Selon les enquêteurs, il aurait organisé la torture de détenus civils ukrainiens. Selon la Police nationale, ces actes de torture ont entraîné la mort de la journaliste ukrainienne Viktoriia Roshchyna et d’Evgueni Matveïev, chef de la communauté territoriale de la ville de Dniproroudné.
Les enquêteurs ukrainiens cherchent à reconstituer l’ensemble de la chaîne de responsabilité — depuis les personnes qui gardaient, escortaient et torturaient les personnes détenues illégalement jusqu’aux responsables qui organisaient le fonctionnement des lieux de privation de liberté et donnaient les ordres.
Cette enquête montre que les emprisonnements, transferts et actes de torture illégaux commis contre des Ukrainiens ne constituent pas une série de crimes isolés. Il s’agit d’un système organisé impliquant des membres des structures russes de sécurité et de maintien de l’ordre, des représentants des administrations d’occupation ainsi que des collaborateurs ukrainiens.
Ce système est actuellement documenté à partir des témoignages de personnes ayant survécu à une détention illégale, des lieux de privation de liberté identifiés et des éléments concernant des personnes précises soupçonnées d’être impliquées dans ces crimes.