Le 3 septembre 2025, un tribunal russe a condamné quatre prisonniers de guerre ukrainiens : le lieutenant-colonel Andriy Antonenko, le capitaine Andriy Kulysh, le sous-lieutenant Denys Tkachenko et le sergent Oleksii Mazurenko. Tous ont été reconnus coupables de « terrorisme » pour des actions menées sur le territoire russe en 2023. Selon l’accusation, ils auraient participé à une opération de sabotage visant des infrastructures critiques — des voies ferrées, un dépôt de carburant, des lignes électriques — et auraient utilisé des drones à proximité d’une base aérienne stratégique dans la région de Kalouga. Mais les faits, les témoignages des accusés eux-mêmes et le droit humanitaire international indiquent clairement : il ne s’agit pas de terrorisme, mais de l’accomplissement d’un devoir militaire dans un contexte de guerre. Ce procès n’est pas une justice, mais une violation flagrante des Conventions de Genève et une tentative de criminaliser la simple résistance à l’agression.
Les quatre hommes sont des militaires professionnels des Forces armées ukrainiennes, agissant dans le cadre d’une opération spéciale approuvée par leur commandement. Lors du procès, ils ont déclaré avoir porté l’uniforme militaire, être armés officiellement et avoir agi sur le territoire ennemi dans le cadre d’une mission. En d'autres termes, ils remplissaient tous les critères de combattants légitimes selon les Conventions de Genève. De plus, ils avaient reçu l’ordre strict de ne pas interagir avec les civils et d’éviter tout dommage aux personnes non militaires. Selon leurs déclarations, aucun civil n’a été blessé. Leurs cibles étaient uniquement des objectifs militaires utilisés par la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. La destruction d’un bombardier stratégique Tu-22M3 — un vecteur clé des frappes contre les villes ukrainiennes — confirme qu’il s’agissait d’une mission militaire dans un conflit armé, et non d’un crime contre des civils.
Des peines allant de 26 à 28 ans de prison illustrent non seulement le mépris total du système judiciaire russe pour le droit international, mais sapent aussi toute perspective d’un traitement équitable des prisonniers de guerre. De tels procès sont extrêmement rares dans l’histoire contemporaine. Or, les Conventions de Genève stipulent clairement qu’aucun militaire combattant au nom de son pays en uniforme ne peut être poursuivi simplement pour avoir participé à des hostilités. Sauf en cas de crimes de guerre, ce qui n’est pas le cas ici. La Russie montre une fois de plus qu’elle ne reconnaît pas ses obligations internationales si elles contredisent ses objectifs politiques ou de propagande.
Les déclarations des prisonniers ukrainiens au tribunal ont été calmes, humaines, dignes. Ils n’ont pas cherché à se justifier — ils ont expliqué. Ils ont parlé de leurs missions, reconnu les risques, regretté la mort de camarades, mais ont affirmé clairement : ils sont des soldats qui défendent leur patrie. Le moment le plus fort a été lorsque le lieutenant-colonel Antonenko, évoquant ses compagnons tombés au combat, a récité un poème de Pavlo Tytchyna : « Je m’affirme ». Le juge l’a interrompu, exigeant une explication. Antonenko a simplement répondu : « C’est un poème sur l’amour profond pour sa patrie ». Tout est dit.
Ce procès n’est pas une exception, mais la règle dans la politique russe envers les prisonniers de guerre. La Russie transforme systématiquement la captivité en outil de pression, d’humiliation et de propagande, violant ainsi le droit international. Et si la communauté internationale ne réagit pas — juridiquement, diplomatiquement, politiquement — de telles pratiques ne feront que se multiplier. N’importe quel soldat capturé par un État-agresseur risque désormais non pas un camp de prisonniers, mais un procès truqué et des décennies de prison.
Ces quatre hommes sont devenus les symboles non seulement du courage, mais aussi de l’injustice que subit un soldat lorsque l’agresseur détruit jusqu’à l’idée même de droit international. Et ce problème ne concerne pas que l’Ukraine — c’est un défi pour tout le monde libre qui croit encore aux lois, aux conventions et à la dignité humaine, même en temps de guerre.