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Association pour les Droits de l'Homme dans les Zones de Conflit

Violation des droits des prisonniers de guerre

Les Ukrainiens détenus en Russie : ce que l’on sait sur la captivité, la torture et les exécutions

Situation en août 2026

Lorsque l’on parle des Ukrainiens détenus en Russie, il est important de ne pas tout réduire à un seul chiffre. Il y a les prisonniers de guerre, les civils que la Russie détient illégalement, et les personnes portées disparues. Certaines des personnes disparues peuvent se trouver en captivité, mais l’État ne dispose pas encore de suffisamment d’informations pour le confirmer.

Selon les dernières estimations publiques des autorités ukrainiennes, environ 7 000 militaires ukrainiens restent détenus en Russie. Concernant les civils, l’ONU estime que plus de 16 000 Ukrainiens ont été illégalement privés de leur liberté par la Russie.

Ce sont des catégories différentes. Et derrière chacun de ces chiffres, il y a une personne et une famille qui l’attend.


Torture : il ne s’agit pas de cas isolés

L’un des éléments les plus inquiétants des rapports de l’ONU est le nombre de personnes qui, après leur retour de captivité en Russie, témoignent de tortures.

L’ONU a interrogé 454 prisonniers de guerre ukrainiens libérés. 95 % d’entre eux ont fait état de tortures ou de mauvais traitements.

Les personnes interrogées ont décrit des passages à tabac, des décharges électriques, des actes d’étouffement, des menaces de mort et des violences sexuelles. Certaines ont été contraintes de rester pendant de longues périodes dans des positions douloureuses ou ont subi d’autres formes de violences physiques et psychologiques.

Il est important de ne pas considérer ces 95 % comme une statistique portant sur l’ensemble des prisonniers de guerre ukrainiens. L’ONU n’a pas accès à tous les lieux où la Russie détient des Ukrainiens. Ce chiffre résulte des entretiens menés auprès d’un groupe précis de personnes qui avaient déjà été libérées et étaient rentrées chez elles.

Mais le problème est que des témoignages similaires se répètent encore et encore.

À la fin de 2025, l’ONU a interrogé 187 autres militaires ukrainiens libérés. 185 d’entre eux ont fait état de tortures ou de mauvais traitements. Beaucoup ont également signalé des violences sexuelles.

C’est pourquoi l’ONU parle non pas de cas isolés, mais du caractère systématique de la torture.

Et cela ne concerne pas seulement les militaires.

Parmi les civils libérés, l’ONU a également documenté des passages à tabac, des décharges électriques, des simulacres d’exécution, des menaces, des violences sexuelles et le refus de soins médicaux nécessaires. Les rapports de l’ONU décrivent également ces pratiques comme généralisées et systématiques.

Selon l’ONU, 84 % des détenus civils libérés interrogés par la Mission dans l’échantillon concerné ont fait état de tortures ou de mauvais traitements.

Autrement dit, le problème ne s’arrête pas au moment de l’arrestation. Une personne peut rester soumise à des violences pendant toute la durée de sa captivité.


Exécutions : lorsque la captivité se termine par un meurtre

Il existe un autre sujet particulièrement difficile à évoquer : les exécutions de prisonniers de guerre ukrainiens.

Le droit international humanitaire protège le militaire qui s’est rendu ou qui a été capturé. Il ne participe plus aux hostilités et ne peut pas être tué.

Malgré cela, l’ONU continue de documenter des cas dans lesquels des militaires ukrainiens sont tués après être tombés sous le contrôle des forces russes.

Selon le dernier chiffre confirmé par l’ONU et disponible en 2026, 129 prisonniers de guerre ukrainiens et autres militaires qui avaient cessé de participer aux hostilités ont été exécutés par les forces russes. Ce chiffre figure dans un rapport de l’ONU publié en 2026.

Le fait que ces cas aient commencé à augmenter fortement après août 2024 est particulièrement inquiétant.

L’ONU a également confirmé au moins 16 exécutions de militaires ukrainiens capturés entre la mi-novembre 2025 et janvier 2026.

Là encore, il faut comprendre que 129 ne représente pas nécessairement le nombre total de personnes tuées. Il s’agit du nombre de cas que l’ONU a pu confirmer.

Chaque cas signifie non seulement la mort d’une personne. Pour une famille, cela signifie souvent aussi des mois ou des années d’incertitude. Si la Russie ne confirme pas qu’un militaire a été fait prisonnier, ses proches peuvent ne jamais savoir ce qui lui est arrivé.


Les civils : un problème distinct et particulièrement difficile

Les prisonniers de guerre et les civils ont des statuts juridiques différents. Mais les civils sont confrontés à un problème supplémentaire : il n’existe pas pour eux de mécanisme d’échange équivalent à celui qui existe pour les prisonniers de guerre.

La Russie arrête des civils ukrainiens dans les territoires occupés. Certains sont ensuite transférés en Russie. Les familles ignorent souvent où se trouve la personne.

Selon l’ONU, plus de 16 000 civils ukrainiens restent illégalement privés de leur liberté par la Russie.

Il s’agit d’une estimation, et non d’une liste complète. L’ONU n’a pas accès à tous les lieux de détention, ce qui rend difficile l’évaluation de l’ampleur réelle du problème.

Dans certains cas, la Russie ne reconnaît même pas l’arrestation. Pour une famille, cela signifie vivre dans une attente permanente : la personne peut avoir été transférée, emmenée dans un autre lieu, détenue dans un centre de détention provisoire ou se trouver quelque part dont personne ne connaît l’emplacement.

C’est pourquoi la question des civils ne peut pas être réglée uniquement par des échanges.


Et les personnes portées disparues ?

Ici, les chiffres sont encore plus élevés.

Selon le ministère ukrainien de l’Intérieur, en août 2026, plus de 114 000 Ukrainiens — militaires et civils — sont officiellement considérés comme portés disparus dans des circonstances particulières.

Il est important de bien comprendre ce chiffre. Il ne s’agit ni de 114 000 civils, ni de 114 000 prisonniers.

Une personne peut être inscrite au registre des personnes portées disparues dans des circonstances particulières lorsque l’Ukraine ne dispose pas de suffisamment d’informations sur son sort. Il peut ensuite être établi qu’elle se trouve en captivité. Dans d’autres cas, son décès peut être confirmé.

Pour de nombreuses familles, la recherche d’une personne disparue commence donc bien avant que la réponse à la question la plus importante ne soit connue : où est-elle ?


Comment l’Ukraine essaie de ramener les personnes chez elles

Au cours des dernières années, l’Ukraine a mis en place un système spécifique destiné à rechercher et à faire revenir les personnes détenues ou portées disparues.

Le Quartier général de coordination ne travaille pas uniquement sur les échanges. Il recueille des informations sur les prisonniers et les personnes disparues, vérifie les données et utilise les témoignages de personnes déjà revenues de captivité.

C’est une partie très importante du travail. Une personne qui rentre chez elle peut raconter qui elle a vu en captivité, où ces personnes étaient détenues et quand elle les a vues pour la dernière fois. Ces informations peuvent aider à retrouver ceux qui sont toujours détenus.

Les services chargés de l’application de la loi et le système de recherche des personnes disparues travaillent également sur ces dossiers. Les témoignages des proches, les informations des unités militaires, les données des services de renseignement, les analyses ADN et d’autres méthodes d’identification sont utilisés.

Pour les militaires, les négociations et les échanges restent le principal mécanisme de retour.

Pour les civils, la situation est plus complexe. L’Ukraine utilise des négociations diplomatiques, des médiateurs internationaux et des mécanismes humanitaires. L’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge peuvent jouer un rôle important dans ce domaine.

Mais il existe un problème que les efforts ukrainiens ne peuvent pas résoudre seuls : la Russie ne donne pas aux organisations internationales un accès complet aux lieux où sont détenus les Ukrainiens.

Sans cet accès, il est très difficile de vérifier où se trouve une personne, dans quel état elle se trouve et si elle reçoit des soins médicaux.


Ce qui reste après le retour

Rentrer chez soi n’est pas la fin de l’histoire.

Les personnes qui ont subi des tortures reviennent souvent avec de graves traumatismes physiques et psychologiques. Elles ont besoin de soins, de réadaptation, d’un soutien psychologique et du soutien de leur famille.

Pour ceux qui ne sont pas revenus, reste également la question de la responsabilité.

Les témoignages d’anciens détenus, les dossiers médicaux, les photographies, les vidéos et autres éléments de preuve peuvent servir à identifier les responsables. Il ne s’agit pas seulement de ceux qui ont directement torturé ou tué des personnes, mais aussi de ceux qui ont organisé, autorisé ou dissimulé ces crimes.


En guise de conclusion

En août 2026, nous savons que des milliers d’Ukrainiens restent détenus en Russie. Nous savons que des actes de torture sont systématiques. Nous savons que l’ONU a confirmé des exécutions de prisonniers de guerre ukrainiens. Nous savons que des milliers de civils sont détenus illégalement par la Russie et que plus de 114 000 personnes restent portées disparues.

Mais derrière tous ces chiffres, il y a des personnes.

Une personne enlevée à son domicile. Un militaire qui s’est rendu et qui avait le droit de rester en vie. Une mère qui attend depuis des années des nouvelles de son fils. Un enfant qui ne sait pas où se trouve son père.

C’est pourquoi la question des prisonniers ne concerne pas seulement les échanges et les statistiques. Elle concerne le droit de chaque personne à la vie, à la liberté, à la dignité et au retour chez elle.

Et tant qu’une seule famille ne saura pas ce qui est arrivé à l’un de ses proches, ce travail ne pourra pas être considéré comme terminé.